Doctorant·e·s en confinement

Le collectif des doctorant·e·s de l’ED540 a rédigé une description des conditions de travail durant le confinement, et une liste de demandes. Doctorant·e·s, directeur·rice·s de thèse ou de laboratoire, vous êtes invité·e·s à y ajouter votre signature ici.

 

REVENDICATIONS PORTÉES AU SEIN DE L’ED540 (École doctorale Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales)

Depuis le début de la crise sanitaire due au COVID19, doctorant·e·s et chercheur·euse·s voient leurs conditions de travail impactées par le confinement, au même titre que tous les autres secteurs professionnels. Affirmer le contraire creuse le fossé fictif entre les dénommé·e·s « savant·e·s » d’un côté et le « grand public » de l’autre, comme si les premier·ère·s vivaient en dehors de l’espace-temps du second. Le confinement n’est pas favorable à la recherche. Nombre de difficultés et d’incertitudes impactent nos travaux.
Alors que nous sommes confrontée·e·s à l’injonction de soutenir nos thèses dans des délais de plus en plus brefs, et que, pour vivre de nos recherches et les financer, nous devons multiplier les dossiers de candidature à des bourses, postes d’ATER, etc., nos travaux scientifiques sont à l’arrêt ou, au mieux, extrêmement ralentis. Ils sont interrompus par la fermeture des bureaux et des bibliothèques, nous privant de ressources et de lieux de travail indispensables. Ils sont interrompus par la fermeture des centres d’archives et l’impossibilité de nous rendre sur nos terrains de recherche. Ils sont interrompus par l’annulation des manifestations scientifiques (colloques, journées d’études, séminaires, ateliers), qui permettent de présenter et de discuter nos recherches, et sont les jalons indispensables dans l’avancement d’une thèse. À tout cela s’ajoutent les impératifs personnels (garde d’enfants, proches malades, maladie, etc.), l’inconfort matériel (logements petits, absence de bureau, mauvaise connexion internet), ainsi que le stress et l’anxiété engendrés par l’épidémie, comme documenté dans le questionnaire adressé aux doctorant·e·s de l’ENS. En outre, pour les personnes ne disposant pas de financement, l’assèchement partiel ou total des ressources économiques vient aggraver, souvent dramatiquement, cette situation. Enfin, les nombreuses injonctions à la prétendue « continuité pédagogique » entraîne une surcharge considérable de travail, ce qui confirme le rôle essentiel joué par les doctorant·e·s, toute l’année, dans l’enseignement et l’accompagnement des étudiant·e·s.
Les conséquences de cette crise sanitaire dépassent de très loin la seule durée du confinement. Non seulement les difficultés rencontrées vont se répercuter sur les semaines et les mois à venir, mais aussi nos conditions de travail semblent devoir continuer à être perturbées pendant une durée indéterminée : les dates de retour sur nos terrains de recherche, de réouverture des centres d’archives et des bibliothèques – c’est-à-dire de nos lieux de travailsont pour l’heure inconnues. Quant à l’organisation des formations doctorales, d’une part, et des manifestations scientifiques et séjours internationaux, d’autre part, elle s’annonce, pour de longs mois, inenvisageable. 
Ainsi, nous demandons une prolongation d’un an de la durée de thèse pour chaque doctorant·e, non seulement parce que l’impact du confinement est massif, qu’on soit en début, milieu ou fin de thèse, mais aussi parce qu’un prolongement inférieur, non cumulable avec un autre recrutement ou un autre contrat, n’aurait aucun sens.
La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, a affirmé prendre la mesure de l’urgence, autorisant la prolongation des thèses, des contrats doctoraux et CDD de recherche. Elle a ajouté à l’Assemblée Nationale, le 29 avril 2020, que cette autorisation s’accompagnerait d’un financement du ministère. Nous, doctorant·e·s, jeunes chercheur·euse·s et artistes, prenons acte de ces annonces mais attendons à présent une série de clarifications.
Nous demandons :
  1. la prolongation d’un an de la durée de thèse
  1. la réinscription sans frais de l’ensemble des doctorant·e·s, sans condition de tenue effective des comités de suivi de thèse
  1. la prolongation d’un an de tous les contrats doctoraux et de leurs financements, sans préjudice pour les contrats doctoraux futurs, par le biais d’un financement exceptionnel
  1. la non-tenue des soutenances à distance, sauf demande explicite du·de la doctorant·e
  1. la modification exceptionnelle des modalités et du rôle du comité de suivi de thèse : le rendre facultatif, étendre sa période de réunion, ou le consacrer à des conseils et recommandations
  1. l’allègement des exigences de formations doctorales, notamment pour les doctorant·e·s en fin de thèse
  1. la facilitation des démarches pour les doctorant·e·s étranger·ère·s qui ont quitté la France ou qui sont en co-tutelle : prolongation des mesures facilitant la soutenance ; possibilité de compléter la réinscription totalement à distance ; exemption maximale des frais accessoires ; reconnaissance de formations équivalentes à celles prévues sur le plan de formation, même si elles sont complétées à l’étranger
Ces mesures sont indispensables pour répondre aux exigences et assurer la continuité de la recherche.

Pour ajouter votre nom à la liste des signataires, merci de vous inscrire ici.

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